La Loge des Trois Temples

Table des matières

Avant-propos
Introduction
Historique

Conclusions


Avant-propos

Pour marquer la célébration du second bicentenaire de notre Loge, en 1988, il a été demandé à notre très regretté F∴ Maurice-Robert Morel de relater l'historique de sa création. Il compléta par la suite son travail dans une brochure retraçant l'historique de notre Loge de sa création, en 1777, à l'an 2000. Le lecteur intéressé la trouvera reproduite pour partie ci-dessous.

Synthétiser plus de 200 ans d'histoire n'est pas chose aisée et, dans l'intérêt du lecteur, nous avons sélectionné les parties du manuscrit original les plus à mêmes de rendre compte de l'esprit de notre Loge, sa philosophie de Tolérance et de Fraternité, ainsi que son histoire.

Nous espérons que ces quelques explications satisferont tant le profane, que l'intié-e, qui trouvera également des références à certains événements bien connus des Carougeois et de leur voisins Genevois.

 

Introduction (table des matières)

Le 18ème Siècle, dénommé "Siècle des Lumières", a mérité cette qualification par l'évolution extraordinaire dont il a gravé l'histoire de l'Humanité, particulièrement en occident. Dans la quasi totalité de l'Europe, il a sonné le glas de la monarchie absolue, omnipotente et privilégiée.

Les études et les découvertes scientifiques ont connu une propagation sans limite grâce au développement de l'imprimerie et de la communication; l'expression de conceptions philosophiques émises par les hommes de lettres et l'audace de ceux-ci à les proclamer haut et fort en sont également les vecteurs.

La toute puissance d'une Église avide de domination et de pouvoir, mais déjà ébranlée deux siècles plus tôt par la Réforme [protestante], s'est trouvée de plus en plus contestée par des notions de liberté de pensée, de fraternité issue d'une égalité entre tous les hommes ainsi que la liberté des peuples à s'organiser, se gérer et surtout de s'exprimer.

Certes, cette émancipation en voie d'acquisition a aussi engendré d'autres dépendances et servitudes propres à l'ambition des hommes, mais en règle générale, un pas important a été franchi. Il apparaît donc logique que dans un terreau aussi fertile, un idéal humaniste conçu par la tolérance et la fraternité dans l'élévation de l'individu à travers sa propre conscience, ait surgi de ce bouillonnement.

La Franc-maçonnerie dite spéculative telle que nous la connaissons aujourd'hui, a officiellement connu le jour le 24 juin 1717 par la création de la Grande Loge d'Angleterre et des Constitutions publiées en 1723 en ont définitivement scellé les bases. Sa première mention à Genève remonte au 1er mars 1736.

Les chapitres qui suivent sont destinés à relater la vie de la R∴ L∴ Les Trois Temples à l'Or∴ de Carouge, et pour comprendre les vicissitudes qu'elle a connues à travers le temps, nous avons jugé indispensable de replacer ces événements dans les conditions de vie propres à chacune de ces périodes qui n'ont pas toujours été ornées par la facilité, la quiétude ou l'abondance, ni même la paix.

Rappel indispensable parce que, précisément, leur énumération démontre le courage, la volonté, la constance de nos prédécesseurs à maintenir élevé ce qui, quatre siècles avant, rassemblait les Chevaliers du Temple sur le champ de bataille: leur Beaucéant.

Sceau du Chapitre
des Trois Temples

Sceau de la Loge
Les Trois Temples
au XVIIIe siècle

Sceau original, 1777

Timbre du Chapitre
des Trois Temples

Sceau de la Loge
Les Trois Temples en 5988

Historique

Le 18ème siècle (table des matières)

Pour comprendre la volonté de nos fondateurs et les honorer comme ils le méritent, il faut se reporter dans la situation de l'époque. Les aspirations des monarques de France, d'Espagne, de Germanie, d'Austro-Hongrie, de Savoie, les alliances qui se font et se défont et les guerres qui en résultent laissent Genève comme un îlot fragile, à la fois convoité et craint, non pas en raison de sa protection militaire et ses accords avec les cantons suisses, mais bien parce qu'elle est le berceau d'une religion nouvelle et pratiquée par une grande partie de l'Europe et que les exactions de l'Inquisition rappellent un malaise certain.


Parchemin de reconnaissance du 14 juin 1802.

Parchemin de reconnaissance, 14 Juin 1802.

Transcription du texte du parchemin :

"A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers,

De l'Or∴ de Carouge, lieu très éclairé où règne la paix, l'harmonie et le Silence, le 14è jour du 6è mois 5802,

A toutes les Loges régulières, Salut, Force, Union.

Nous, Officiers et membres effectifs de la Régulière Loge de St Jean établie à Carouge sous le titre distinctif des Trois Temples et constituée par le G 0 de France le 24è jour du
11è mois de l'an de la vraie lumière 5790 No 3619 certifions que notre bien aimé Jean-François Jaquemard, Négotiant, âgé de 29 ans, Natif de St Julien Dépt du Léman a été par nous initié à nos sacré mystères au grade de Maître. Prions et requérons tous les Vbles de Loges et Maçons répandu sur la surface de la terre, de le reconnaître pour tel, leur offrant la réciprocité en pareille occasion, et const que cette présente ne puissent servir qu'au véritable impétran nous lui avons fait apposer sa signature en marge.

A l'Or∴ de Carouge le jour et mois et an d'usage

Par mandement de la Loges des TT∴
Le secrétaire: Masson adjt,
Le Garde des sceaux: Jacquemain Ch∴ R+C
Vénérable: Pallandré
Magnenat, Trappier 1er survt∴,
Leroy, Bizet 32è, J.Mazzone Chev K∴"
et deux autres signatures illisibles.

Les Genevois doivent néanmoins se protéger militairement, construire des fortifications, lever des troupes et toutes ces précautions coûtent de lourds impôts. De plus, la ville dépendait - et dépend toujours - d'un apport alimentaire extérieur. Disette, prix exorbitant des marchandises, pénurie de blé frappent une population qui n'espère que vivre en paix. Il est aussi important de consulter les salaires octroyés aux ouvriers et le cours des monnaies en circulation pour imaginer la situation.

Établir une comparaison monétaire entre cette époque et celle que nous vivons n'est pas aisée car les situations sont totalement différentes. Toutefois, le F Alain Bernheim dans son ouvrage "Les débuts de la Franc-maçonnerie à Genève et en Suisse" (éd. Slatkine 1994), tente de nous orienter :

1 florin vaut 12 sols,
1 livre courante vaut 3,5 florins,
1 écu blanc équivaut à 10,5 florins, et
1 Louis d'or neuf qui vaut 24 livres de France, représente 51 florins.

A ce tarif, la livre de pain bis se vend 5 sols et celle de pain blanc 7 sols.

L'auteur se réfère alors à la cotisation annuelle de sa propre Loge en 1993 et démontre que cette somme représenterait 150 kg de pain d'aujourd'hui et peut estimer la valeur du florin d'alors à 4 francs suisses. Nous reviendrons d'ailleurs sur ces problèmes financiers dans la suite de ces lignes.

Il est évident que tous ces éléments ont influé sur la vie de la Loge, comme aussi sur les autres Ateliers de la région. Il en est résulté des périodes d'alternance entre une activité débordante ou de sommeil. Les changements de locaux inhérents à cette situation ont également perturbé la maintenance d'un programme souhaité.

En ce qui concerne Carouge, toujours Sarde, le vent de révolution soufflait aussi et la population cosmopolite y était sensible, ce d'autant plus que les voisins de la colline de Saint-Pierre avaient instauré un régime réactionnaire entre 1782 et 1789. Publications, brochures pro ou contre-révolutionnaires circulaient; des réunions impromptues d'où la polémique n'était pas absente assuraient les soirées dans les nombreux estaminets. Mais les mauvaises récoltes de 1788 et les grands froids des rudes hivers qui se sont succédés ont révélé les difficultés de l'alimentation dans cette contrée pourtant agricole que représentait le "grenier" savoyard voisin. Un "marché noir" important attisait les inégalités sociales et une grande misère à marqué cette période. La contrebande fleurit et l'autorité sévit. Déjà la magouille sur les taux de changes entre une monnaie d'assignats français dévalorisés et des pièces "de bon aloi" profite aux roublards.

Il en est résulté des batailles rangées pour pouvoir se procurer du grain, du pain et autres denrées, et les archives de la ville relatent une multitude de faits peut-être regrettables dans leur commission, mais compréhensibles dans leur réalité.

Aux difficultés économiques se sont associées les perturbations politiques. Les gardes nationaux et dragons français stationnés dans le voisinage fréquentaient assidûment les auberges carougeoises et colportaient par voie de conséquence, les idéaux de la Révolution. C'est précisément à cette occasion que les autorités Sardes interdisent la Maçonnerie comme déjà mentionné plus haut.

Des Genevois exilés sur les rives de la Seine sont devenus membres du Club Helvétique de Paris et s'associent aux Savoyards du Club des Allobroges.

Ensemble, ils s'activent pour libérer la province de Carouge du "despote de Turin" et en finalité, après dix ans de lutte, le général français Montesquiou entre le 2 octobre 1792 dans un Carouge en liesse.

En avril 1792, la France entre en guerre contre l'Autriche et ce conflit durera jusqu'au 24 juin 1859 - date du solstice d'été - qui verra les troupes de Napoléon III écraser l'armée autrichienne à Solferino et laisser, après un corps à corps à l'arme blanche qui dura plus de quinze heures, un horrible champ de bataille qui motivera notre compatriote et Frère Henry Dunant à jeter les bases de la Croix-Rouge. Il fonde son institution humanitaire le 9 février 1863 sous le qualificatif de "Comité International de la Croix-Rouge". Dunant se trouvait sur place le lendemain et c'est en toute connaissance de cause qu'il oeuvra comme l'on sait. S'il n'avait pas encore reçu la Lumière, il en avait du moins la Sagesse puisque dans ce Comité fondateur, on ne compte aucun homme politique ou représentant de l'Etat, ni aucun représentant officiel des Eglises, donc d'une neutralité réelle.

Henry Dunant a été initié à la Loge "Cordialité" à l'Orient de Genève, Atelier affilié à la G∴L∴ Alpina le 14 octobre 1866. Une Loge du "B'Nai B'Rith" N° 1868, un ordre israélite proche de la Maçonnerie, porte son nom.

Carouge sarde, Carouge espagnol, Carouge français, et finalement Carouge genevois puis suisse ! C'est autant d'idées, d'idéaux, de politiques, d'uniformes militaires rutilants, de monnaies aussi qui modèlent la vie de la cité et tous les groupements qui y vivent en subissent les effets comme les conséquences. Si l'on ajoute à cet inventaire les disettes, les craintes de la peste qui ne manque pas de brandir sa menace en Europe, on comprend qu'il était difficile à un petit groupe d'hommes de réguler une activité culturelle.

Si la Loge des Trois Temples semble ne plus avoir d'activité régulière à la fin du 18ème siècle pour les raisons énumérées, il semble bien qu'elle n'était pas virtuellement dissoute puisqu'on retrouve quantité de traces de ses membres engagés dans des actions sociales, philanthropiques et évolutives, ce qui démontre qu'ils devaient se rencontrer souvent pour décider de leurs stratégies.


Carte postale, Henry Dunant.

Carte postale à l'effigie d'Henry Dunant.

Alors que le principe de l'égalité et surtout de la souveraineté du peuple sont les résultats de la Révolution, l'application de ces nouveautés ne pouvait pas se faire sans heurts dans une province rurale et artisanale fidèle à son choix religieux, même si dès 1792 Carouge est pompeusement qualifié de chef-lieu de district dans le département du Mont-Blanc.

Sur la colline voisine, la situation n'est guère meilleure. Il y a ceux qui soutiennent les préceptes de Jean-Jacques Rousseau et les autres qui sont excités par Voltaire. Pour faire bon poids, on y ajoute les conflits entre une aristocratie oligarchique intransigeante et une population composée de Natifs et de Représentants bourgeois; en toute logique et motivée par un hiver rigoureux qui vit les flots du Rhône recouverts de glace, les émeutes éclatèrent, avec leur corollaire de pillages de dépôts de pain et de nourriture, ce qui contraignit le Conseil à lever des troupes.

Cette montée de fièvre ne provoqua pas d'effusion de sang, mais il n'en fut pas de même à fin 1792 qui vit fleurir des clubs de "Marseillais", de "Sans-Culottes", de "Montagnards", tous révolutionnaires débraillés et avinés qui vomissaient leurs venins.

Dans la Carouge révolutionnaire, les prêtres avaient été emprisonnés ou avaient préféré la clé des champs à celle de la geôle. L'Eglise Sainte-Croix était devenue la halle des réunions publiques et baptisée "Temple de la Raison" défini comme le "foyer le plus pur et le plus sûr pour la Liberté". Chaque citoyen pouvait y prendre la parole. Mais, afin de ménager les susceptibilités des hésitants et des contestataires, on implorait "L'Etre Suprême" prôné par Robespierre.

Une déchristianisation frappait aussi les autres communautés que quelques années auparavant Victor-Amé avait invité à s'établir sur ses terres.

Bien que les années qui suivirent furent moins perturbées, toute action de politique démocratique ou sociale était exclue car seuls les idéaux révolutionnaires avaient droit de cité. La Loge des Trois Temples ne put donc poursuivre une activité régulière.

On a beaucoup glosé sur le rôle de la Franc-maçonnerie dans l'explosion de la Révolution française, mais aucune archive sérieuse ne fournît une preuve fondée. Par contre, les idéaux d'égalité, de liberté, de fraternité qui sont les matériaux de base de l'Ordre Maçonnique rejoignaient bien évidemment les motivations des révolutionnaires.

En tout premier lieu, il importe de replacer la terminologie révolutionnaire dans l'expression du vocabulaire de l'époque, car quelques années plus tard ces mêmes ambitions ont été qualifiées de radicales pour devenir socialistes en cette fin de siècle. De plus, la méthode maçonnique est de promouvoir ces ambitions dans le respect de chacun, c'est-à-dire dans la tolérance, la compréhension réciproque, la fraternité. On ne peut donc imaginer des Maçons détruire, tuer, massacrer, et se conduire en bêtes sauvages pour promouvoir les Constitutions d'Anderson. Il est donc plus logique d'admettre que les Francs-maçons ont pu à titre individuel s'investir dans la propagation de ces conceptions nouvelles destinées à libérer les individus devenus citoyens égaux des jougs de la féodalité, du clergé, de la servitude et de l'esclavage.

N'oublions pas non plus que la quasi totalité des documents relatifs à cette "révolution" sont issus des archives des autorités monarchiques et cléricales en place, lesquelles ont eu tôt fait de cataloguer les opposants à leurs dictats de "révolutionnaires mal intentionnés et enragés", de "comploteurs sataniques" et autres qualificatifs du même acabit.

L'éminent et réputé historien Paul Guichonnet, connaisseur incontesté de l'Histoire de la Savoie, nous rappelle le comportement des Francs-maçons carougeois dans "La Révolution à Carouge - 1789-1799", et extrait des rapports que les curés des paroisses intéressées adressaient à l'évêché, les noms de ces "perturbateurs enragés".

On y découvre évidemment que la Maçonnerie française est beaucoup plus politisée que les Loges aristocratiques du Duché de Savoie qui connaissent un développement important grâce à l'esprit d'ouverture de Victor-Amé. Ainsi, il apparaît qu'au moins à Carouge, l'Ordre Maçonnique est davantage qu'une simple société de pensée libérale, mais qu'elle cultive un esprit constructif dans le respect de l'ordre établi. Certes, on y rencontre tout de même quelques exaltés, mais leur énergie se démontre dans leur force de persuasion et non de destruction.

Il n'est donc pas surprenant de découvrir dans ces fichiers de dénonciations les noms des Frères fondateurs des Trois Temples et ceux d'autres Maçons genevois et savoyards établis dans la cité sarde, particulièrement ceux de tenants de professions libérales et de détenteurs de fonctions publiques tels que juges, notaires, greffiers, procureurs, etc.

Nous y relevons également le nom du F∴ Louis de Montfalcon, qui de notaire royal avant 1792, est devenu maire sous l'Empire, puis premier maire suisse de Carouge en 1816 une fois Genève devenue helvétique. Royaume, République, Empire, c'est dorénavant sous cette dernière appellation que le Petit Caporal désigna son pays après le coup d'Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799). Il est couronné" Empereur Napoléon 1er" en 1804. Ses troupes occupent Genève et sa région, il fait de cette ville chef-lieu du département du Léman et contraint les citoyens mâles à s'enrôler dans son armée.

Parallèlement, le gouvernement genevois entreprend des pourparlers avec les cantons suisses d'une part, mais aussi avec Turin et Paris et dès le début du 19ème siècle, réussit à concrétiser un territoire suffisamment homogène pour pouvoir être accepté canton Suisse. Les Autrichiens, toujours ennemis de la France viennent au secours de la cité de Calvin, en chassent les occupants qui abandonnent la ville le 30 décembre 1813 et la République de Genève est restaurée le 31 décembre. La diète fédérale accepta Genève comme canton suisse le 12 septembre 1814 après que des troupes fédérales (fribourgeoises et soleuroises) eussent débarqué au Port Noir le 1er juin précédent.

Ainsi, Carouge devenait suisse. Dans un discours prononcé à l'occasion de l'annexion de la ville sarde à la Confédération, Pictet-de-Rochemont honorera les Carougeois qui ont su adopter une conduite exemplaire et ne pas céder à un caractère sanguinaire durant ces pénibles moments d'épreuve. Les FF∴ du pays pouvaient reprendre espoir.

La reconstruction nécessitait le rassemblement de toutes les forces. Il fallait oublier les fantaisies du vocabulaire révolutionnaire et impérial, redonner aux mois du calendrier leur appellation première, oublier sols, florins, livres et autres louis, bien que la monnaie fédérale ne soit pas encore généralisée. S'il n'y avait plus d'octroi à payer pour traverser l'Arve par le Pont-neuf, les carougeois devaient tout de même conserver des monnaies françaises pour acheter leurs produits aux paysans savoyards qui assuraient les marchés du mercredi et du samedi notamment. Nombre de nos concitoyens possédaient aussi des terres en région devenue frontalière, particularité qui a motivé la conception de zones franches par la suite. On pourrait remarquer que cette nécessité de disposer de monnaies différentes n'a guère changé de notre temps puisque le canton est entièrement entouré de la France, hormis les huit kilomètres de contact avec l'Helvétie à Versoix.

Le 19ème siècle (table des matières)

En 1803, le Vénérable Maître PALLANDRE des Trois Temples est chargé par le G∴O∴F∴ d'installer la Loge de Berne, et participe en 1808 à l'installation de la Loge militaire "Les Amis de la Victoire" à l'Orient du "60ème de ligne", soit du régiment qui tenait garnison à Genève sous l'occupation française.

Nous sommes dépourvus d'archives pour les années qui suivent, et il semble qu'une certaine léthargie conséquente à l'incertitude politique nationale du moment en soit la cause. Celle-ci stabilisée par l'entrée de Carouge - via Genève - dans la Confédération Suisse permettra en 1839 au Vén∴M∴ Bouvard qui venait des "Vrais Amis" de Lyon, de reprendre le premier maillet carougeois et d'affilier "Les Trois Temples" à la Grande Loge Nationale Suisse, mais de ne pas suivre les 14 Ateliers genevois qui acceptèrent la transformation de G∴L∴N∴S∴ en "Grande Loge Suisse Alpina" le 24 juin 1844 à Zurich. Les Carougeois se remirent sous la protection du G∴0∴F∴. On trouve néanmoins le texte d'un discours prononcé par le F∴Villa lors de l'installation du Collège des Officiers des Trois Temples, le jour de la St Jean d'hiver 1849.

Si des Loges régulièrement constituées et actives ne se manifestent pas ouvertement, il faut relever que dés 1892, le Cercle Maçonnique de Carouge développe, lui, une activité suivie et groupe autant de FF∴genevois que savoyards, toutes Loges et Obédiences confondues.

Le Temple Unique (table des matières)

La nouvelle Constitution genevoise de 1846 structure la politique du canton et la Constitution fédérale de 1848 règle l'ensemble des relations internes et externes du pays.

Cette règle du fédéralisme suisse aura été précédée en 1847 par le fameux conflit du "Sonderbund" qui a opposé les cantons catholiques conservateurs qui contestaient l'expulsion des Jésuites réclamée par les cantons libéraux et à dominance politique radicale. Il en résulta la nécessité de lever des troupes dans les deux camps et la Diète nomma notre compatriote Guillaume-Henri Dufour général commandant en chef de l'armée fédérale le 21 octobre 1847. Par son habileté et son humanisme, il réussit à mettre fin à cette guerre en 25 jours, et sans effusion de sang; l'Ordre Jésuite fut alors interdit en Suisse.

Un vote populaire organisé en 1973 rétablit la situation et ils sont à nouveau présents, notamment à Carouge où ils occupent l'ancien Hôtel des Trois Rois à la rue Jacques-Dalphin depuis 1978.

Dufour appartenait à la G∴L∴S∴. Alpina où il est curieusement enregistré sous deux de ses quatre prénoms qui ne sont pas ceux habituellement cités, soit Jean Etienne. Il est signataire des "Loix" de la Loge militaire connue sous le titre distinctif de "Loge Léonard et Augustin Bourdillon". Mais surtout, Guillaume-Henri Dufour est co-fondateur avec Henry Dunant du Comité International de la Croix-Rouge. De nombreux Francs-maçons de cette époque se sont engagés dans la politique avec des objectifs prioritairement sociaux et égalitaires, ce d'autant plus que la liberté de culte à Genève était précisée dans le traité de Turin de 1816.

En vertu de cette liberté confessionnelle, le gouvernement qui compte des F∴M∴ en son sein, cède un vaste terrain près de Cornavin sur lequel la communauté catholique élève la Basilique Notre-Dame, les fidèles anglicans construisent leur église à la rue du Mont-Blanc, les orthodoxes bâtissent l'Eglise Russe aux Tranchées, et la Diaspora juive érige sa Synagogue à Plainpalais.

Plusieurs Loges maçonniques ont repris une activité régulière dans une Genève devenue moins perturbée. Citons notamment l'Union des Coeurs qui appartient au régime Rectifié; La Prudence, la Fidélité, l'Amitié qui sont attachées à G∴L∴S∴ Alpina, puis la Fraternité, l'Etoile du Léman et les Trois Temples liées au G∴O∴ de France. Lors d'une réunion de ces Loges en septembre 1852 aux Pâquis, le projet de réunir tous ces Ateliers sous un même toit prit corps. Le 20 juin 1853 cette idée fut adoptée et une Fondation constituée par devant Me Jourdan, notaire, le 9 mars 1855.

Quelques mois plus tard, soit le 2 février 1856, le Conseil d'Etat est sollicité par les intéressés afin d'obtenir la cession gratuite d'un terrain pris sur les anciennes fortifications et y construire un Temple Maçonnique.

Signalons pour mémoire que si la Lumière tente de s'installer dans les mentalités, c'est en 1858 que les premiers réverbères alimentés au gaz éclairent les rues de Carouge, précédant l'inauguration de la première ligne de transport hippomobile sur rails qui reliait le Rondeau de Carouge à la Place Neuve dés 1862.

Conformément à la Constitution cantonale, cette demande est soumise au Grand-conseil qui siégeait au monumental Bâtiment Electoral inauguré en 1855. Cet édifice fut gratifié quelques années plus tard du qualificatif de "Boîte à gifles" motivé par des débats houleux et physiquement éprouvants selon les chroniques de l'époque. Pour la petite histoire, cette bâtisse a abrité les services de la Croix-Rouge, plus précisément l'agence internationale des prisonniers de guerre durant le conflit 1939-1945. Un violent incendie l'a complètement détruit le 4 août 1964.

Cette demande a bien évidemment été vivement discutée au Parlement, De nombreux députés membres de notre Ordre, conduits par le F∴ James Fazy, Conseiller d'Etat et encouragés par une pétition signée de plus de deux milles citoyens favorables, ont réussi à limiter les polémiques que certains aboyeurs bornés s'évertuaient à déclencher. Le F∴ Perusson de la Loge des Trois Temples expose dans une première brochure le rôle "religieux, moral et civilisateur de la F∴M∴" ainsi que d'autres opuscules sur les buts humanitaires, progressifs, moraux, scientifiques de l'Ordre.

Bien évidemment, les divergences manifestées par Rome et ses Papes envers notre Ordre initiatique ont fait couler autant d'encre que de salive. L'un des plus violents fut l'abbé Gaspard Mermillod, enfant de Carouge qui sera nommé plus tard "évêque in partibus d'Hébron" par la volonté de Pie IX.

L'abbé Mermillod est un prédicateur de talent qui parcourt la France et l'Italie afin de réunir les fonds nécessaires à la construction de Notre-Dame de Genève. Sa réputation lui vaut évidemment les attaques violentes des anticléricaux genevois et, par gain de paix, c'est le gouvernement helvétique qui le condamne à l'exil. Il s'emploiera alors à favoriser la fondation de l'Université de Fribourg.

L'atmosphère reste tendue dans ce parlement encore en apprentissage puisque son institution ne date que de 1846 et que les esprits politiques sont toujours influencés par la concurrence de la "Rome" protestante contre la Rome catholique. Les Calvinistes reprochent déjà ces accords qui ont englobé des communes savoyardes et catholiques dans une entité réformée devenue minoritaire. Dans cette bataille idéologique, le bal est mené par les radicaux qui cultivent une notion libérale égalitaire, et refusent évidemment un droit de regard ecclésiastique. On n'a jamais parlé autant de Dieu que dans ce parlement, mais bien sûr chacun avec sa propre considération qui n'était pas toujours empreinte de respect.

Le Grand Architecte l'a finalement emporté, et en décembre 1856, l'arrêté suivant est pris :

Art. 1.- Le Conseil d'Etat est autorisé à faire, au nom du Canton de Genève, la concession à titre gratuit, de 200 toises carrées, à prendre sur le terrain dépendant des fortifications, et destiné à la construction d'un Temple Maçonnique.

Art. 2.- Ce terrain est cédé à la Fondation du TEMPLE UNIQUE de l'ordre maçonnique.

Conséquemment, le 16 juin 1857, les Loges Prudence, Etoile du Léman, Fraternité et Les Trois Temples signent un traité de fusion et créent la "Loge Temple Unique" immédiatement placée sous les auspices de la G∴L∴S∴ Alpina. Le F∴ Joseph Delphin des Trois Temples en est élu Vénérable et la première pierre est posée le 19 juillet 1858 au cours d'une grande manifestation publique.


Le Temple Unique.

Le bâtiment du Temple Unique.

Il vaut la peine de relater cet événement tel que le décrit le F∴ Auguste Cahorn dans son "Aperçu historique".

"Un millier de Frères, tant suisses qu'étrangers, se réunirent au Bâtiment Electoral pour se rendre ensuite en cortège sur l'emplacement du Temple. Les FF∴ membres du Conseil d'Etat Adolphe Fontanel et Henri Duchosal marchaient en tête suivis des membres de la commission du Temple Unique. Après, venaient les Maîtres, les Compagnons et les Apprentis."

"Le Frère Delphin prononça un discours, puis on posa la première pierre sous laquelle fut scellée une boîte de métal contenant les textes de lois, arrêtés, statuts de fondation, le programme de la fête, la liste des membres de la nouvelle Loge, des anciennes monnaies cantonales et des nouvelles monnaies fédérales, des médailles de James Fazy et de la dissolution du Sonderbund, puis les insignes de l'ancien Grand-Maître Provincial de Berne et les bijoux de plusieurs Loges. Les bijoux de la Régénérée de Fribourg et de l'Union des Coeurs arrivés trop tard, furent déposés sous un des pilastres."

"Le F∴ Fontanel, Conseiller d'Etat, prononça une allocution et le cortège se reforma pour se rendre au Bâtiment Electoral où un banquet réunit les Frères revêtus des insignes de leurs grades".

La Loge fut installée le 23 décembre 1860 par le G∴M∴ de Lausanne; elle comptait 377 Frères. Quatre Vénérables se sont succédés à la tête de cet Atelier: les FF∴ Joseph Delphin, Marc Mulhauser, Mathias Mottu et Elie Ducommun, lauréat du prix Nobel de la Paix en 1902.

On a coutume de dire "après la pluie vient le beau temps", mais dans ce cas ce fut le contraire, non seulement la pluie, mais l'orage. La situation financière devint très vite mauvaise et il fallut trouver diverses solutions, actions, création de titres nominatifs et autres emprunts. Le Vén∴ en charge, Joseph Delphin de Carouge, oeuvra de façon exemplaire et ne compta ni ses forces, ni son temps pour tenter de résoudre la situation.

En établissant une Loge unique, on mécontenta de nombreux Maçons qui avaient des situations en vue dans leurs Ateliers respectifs. L'Alpina exigea que l'on constituât deux administrations séparées: la Fondation civile et la Loge maçonnique. Désarroi complet quand il fallut honorer une dette de 225'000.- francs de l'époque puis une désertion endémique des membres, ultime batterie de rappel du F∴ Delphin puis la débâcle. Le Temple Unique est mis en vente sous les sarcasmes des détracteurs et l'ennemi déclaré depuis toujours de James Fazy, le docteur Baumgartner se fit un plaisir de l'acquérir pour la somme de 70'000.- francs en 1866. Baumgartner qui était protestant ne put se débarrasser facilement de cet encombrant immeuble et il s'est fait finalement berner en 1874 par un certain M. Harent qui, agissant vraisemblablement pour un groupement attaché à la crosse de Monseigneur Gaspard Mermillod revenu à Gex, le livrait aux mains des catholiques romains qui en firent l'Eglise du Sacré Coeur. Belle vengeance pour l'évêque d'Hébron !

Ere nouvelle (table des matières)

Les Loges s'installent à la rue du Rhône jusqu'en 1878 et doivent quitter l'immeuble destiné à la démolition en 1878 pour l'ouverture de la rue Céard, nom donné à cette artère en mémoire du premier commandant du bataillon des sapeurs-pompiers de la Ville de Genève. Ils se déplacent alors à la Maison Fatton, No 25 de la Grand-rue et qui, avec le nouveau cadastre, portera le numéro 17. Cet immeuble a été racheté par l'Union Compagnonnique et le fronton de la porte d'entrée sur la rue, en porte toujours les insignes.

Après la débâcle du T∴U∴, la Loge Prudence s'unit à Fidélité et est actuellement connue sous le titre "Fidélité et Prudence"; elle travaille au numéro 5 de la rue de Rive où se trouve aujourd'hui un Mac Donald's. Son Chapitre qui s'était fait discret se manifeste à nouveau en 1828. Ceux qui sont restés imprégnés de l'idéal de cette conception unitaire créent "Les Amis Fidèles".

1869, la Filature et la Régénération (table des matières)

Carouge ne se rend ni ne meurt !

Le 5 juin 1869, de nombreux Frères manifestent ardemment le désir de poursuivre l'activité de l'Atelier carougeois et convoquent une assemblée de tous les Maçons connus habitant Carouge. Elle a lieu dans la salle du 1er étage de l'auberge du F∴ Mudry. Ils sont quatorze et le premier sujet abordé est de savoir sous quelle houlette placer la Loge : Alpina ou Grand Orient de France.

Cette dernière solution ne peut être abordée puisque le G∴O∴F∴ ne peut plus s'établir en dehors de ses frontières, et l'Alpina l'emporte à l'unanimité, avec la bénédiction de l'Orateur du jour, le F∴ Bertillot. Se pose ensuite le titre distinctif à choisir : La Tolérance, la Régénération, Les Trois Temples ? Curieusement La Régénération l'emporte.

Il faut ensuite dénicher un local et le mobilier nécessaire à l'installation du Temple. On se réunira dans ce même local dont le loyer parait élevé en attendant une meilleure solution.

Dix jours plus tard, une nouvelle réunion rassemble 16 membres et le F∴ Delphin s'étonne que le titre de Régénération ait été choisi alors qu'on possède quantité de matériel au nom des Trois Temples, dont maillets, sceaux et timbres, papier à lettre et rituels, et que cette Loge n'est pas nouvelle, elle ne fait que reprendre force. La logique et l'opportunité l'emportent, ce d'autant plus qu'il faudrait à nouveau amorcer une procédure nouvelle auprès de l'Alpina. La raison règne souveraine.

Il faut aussi de l'argent et l'émission d'actions de Fr. 10.- proposée récolte déjà 23 engagements ce 28 juin.

Les Maîtres des Trois Temples se réunissent le 9 juillet 1839 dans leur ancien local du 1er étage de l'ancienne filature dont la location à bien plaire et sans bail fixe un loyer mensuel de Fr. 10.-. Le régisseur du bâtiment est le F∴ Salzgeberger et il promet que dans le cas où il deviendrait acquéreur du bien, il réserverait la possibilité d'y aménager un Temple "convenable et propice à l'activité maçonnique."

Cet immeuble était situé sur la rive du Canal de la Filature, une ruelle qui est devenue le Clos de la Fonderie. Le F∴ Delphin est élu Vénérable d'honneur en reconnaissance de son immense activité et de son dévouement à la cause maçonnique. C'est lui d'ailleurs qui détient bijoux, matériel et sceaux de la Loge.

Les Trois Temples travailleront sous les auspices de la G∴L∴S∴ Alpina.

Nous ne pouvons taire l'histoire de ce canal dont la construction a nécessité des cessions parcellaires dont l'acte notarié a été signé par Sa Majesté régnante le Roi Victor Amédée III , alors que la concession de mise en eau et d'exploitation de celle-ci dans un but industriel accordée plusieurs années après porte la signature de Sa Majesté l'Empereur Napoléon 1er, celui-ci ayant décrété que les eaux, c'est-à-dire rivières, fleuves, lacs appartiennent à l'Etat.

Cette voie d'eau prend naissance près du pont du Val d’Arve, après "l'île aux castors" et se déverse dans l'Arve au bout de la Promenade des Orpailleurs, près du café qui porte ce nom. Ses flots récoltaient aussi autrefois les eaux usées des abattoirs de Carouge exploités juste avant son confluent: ils ont aussi fait tourner les moulins et turbines des minoteries démolies dans les années 90.

Quant au bâtiment de la Filature lui-même, il avait été prévu par l'architecte sarde Giardino et était destiné à un ensemble locatif. Il fut affecté à usage de filature en 1809 et fut entièrement détruit par un incendie monstre en 1921.

Les grands bâtiments industriels carougeois connurent d'ailleurs une histoire non dépourvue de vicissitudes. Depuis 1806, une raffinerie de sucre avait été installée dans une construction qui avait servi ce caserne puis de dépôt à la rue Caroline devenue de nos jours rue Jacques-Dalphin. Pour raffiner le sucre, qu'il soit de canne ou de betterave, le jus extrait de ces végétaux devait être filtré sur du noir animal qui est obtenu par la combustion en vase clos d'os d'animaux. Les monceaux d'os provenant des abattoirs et entassés dans l'attente de leur combustion dégageaient évidemment des odeurs pestilentielles fort gênantes pour le voisinage. Mais ce qui démontre aussi le niveau de la situation économique d'alors, les miséreux allaient déterrer les corps dans les cimetières pour en rassembler les os et glaner quelques petits sous bienvenus. Odeurs et profanations tombales déclenchèrent, on s'en doute, réclamations, pétitions et interventions de l'autorité.

Une grande émotion étreint le lecteur des tracés des séances et Tenues d'alors et on se rend compte combien il fallait de courage, de foi et de volonté pour honorer son serment initiatique. Les blessures de l'échec du T∴U∴ sont vives et le F∴ Plantaz sollicité pour prendre le premier maillet expose son état de santé préoccupant. Il est néanmoins élu à l'unanimité après un vibrant plaidoyer du F∴ Orateur Bertilloz. La situation économique particulièrement difficile préoccupe vivement les Frères, autant pour la gestion de la Loge que pour les buts philanthropiques à poursuivre car chacun des 29 membres doit compter ses sous. La précision des débats rapportés en démontre la passion.

L'aménagement du Temple se profile; pour rendre hommage à tous les courageux qui ont accepté de revenir sur les Colonnes, le F∴ Delphin annonce le 9 juillet qu'il offre les deux colonnes et les deux pupitres du secrétaire et de l'orateur. Le local proposé occupe toute la largeur du premier étage de ce bâtiment de l'ancienne filature, avec un entresol et deux caveaux. Pour toute l'étendue de ces locaux, un bail valable pour neuf ans a pu finalement être conclu et accepté avec un loyer de Fr 400.- annuel payable par trimestre échu. Il faisait même état d'un droit de renouvellement. Le loyer sera compté dés le 1er janvier 1870.

Cerise sur le gâteau, l'Atelier dispose même d'une surface de terrain afin d'y pratiquer le jeu de boules en été !

La Loge se réunira tous les jeudis car les Ateliers amis et sous-locataires se rencontrent les autres jours, cela permettra des rencontres fraternelles réciproques.

Dans une lettre adressée à la "TT∴RR∴GG∴LL∴ de Suisse Alpina" le 2 juillet 1869, les Frères informent du rallumage de la Loge Les Trois Temples et lancent un appel à tous les FF∴ habitant Carouge mais affiliés à d'autres Ateliers de venir renforcer leurs rangs. Ils proclament que cette Loge a toujours été un foyer d'idées et d'actions philanthropiques et fraternelles, de camaraderie et de tolérance.

Ces lignes relèvent encore l'avantage pour les FF∴ genevois de la région de pouvoir se réunir à Carouge, sans perte de temps et sans incidences sur leur activité professionnelle et qu'ainsi, leurs rapports plus fréquents et plus intimes entre eux ne peuvent qu'être bénéfiques et salutaires, ce que l'éloignement de Carouge avec Genève rend difficile. Ils demandent donc avec insistance que l'Alpina reconnaisse leurs arguments et souhaits. La liste du Collège des Officiers est jointe évidemment, ainsi que les patentes délivrées en son temps par la Grande Loge Nationale Suisse et les diplômes des Maîtres dudit Collège. Ils acceptent le montant de la capitation qui s'élève à 8.- Fr. par an.

Ils attendent impatiemment cette autorisation pour compléter l'achat du mobilier du Temple. Celle-ci tarde à venir, car il manque précisément le diplôme du Vénérable Maître bien incapable de le fournir car il était dans ses bagages tombés à la mer alors qu'il revenait d'Amérique!

Ils demandent une réponse par TÉLÉGRAPHE. Le Natel est encore bien loin !

La Saint-Jean d'été sera célébrée le jeudi 14 juillet à 5 3/4 h. chez le F∴ Mudry à la campagne Vignon, et en cas de mauvais temps la fête aura lieu au local. Le prix de la carte de banquet est de Fr. 2,25 et il commencera à 6 1/2 h. précises.

Aujourd'hui, le montant de cet écot fait sourire, mais nous l'avons déjà signalé, la situation n'est pas brillante, ni pour les ouvriers, ni pour les commerçants, artisans et autres travailleurs. La rentrée des cotisations des 18 membres réguliers est problématique et pour permettre à tous de consacrer des heures supplémentaires rétribuées à leur labeur, on envisage même de reporter les réunions au dimanche, seul jour de semaine congé pour tous. On trouve néanmoins une solution en remettant des billets à ordre qui seront restitués après le remboursement des arriérés. En quelque sorte, des reconnaissances de dettes.

Ces procès-verbaux sont le reflet de ce qui se passait; à vrai dire, les tracas et les soucis n'ont guère changé avec le temps. On se plaint des bavards qui ne veulent plus rendre la parole quand on la leur a donnée, il y a ceux qui oublient souvent le jour des Tenues, et puis ceux qui sont pleins d'idées mais s'arrêtent là de leurs propositions, sans compter les retardataires dans leurs obligations financières comme nous l'avons vu. Il faut entourer et encourager ceux qui connaissent des déboires de la vie et ceux finalement qui se trouvent soudain confrontés au chômage, car il arrive, inexorablement.

Néanmoins, la Loge survit, mais il nous est impossible d'en retracer l'activité nous n'avons pu consulter ses archives conservées par un Atelier genevois de l'Alpina. Nous ne pouvons en conséquence que citer celles du Cercle Maçonnique de Carouge qui a vu le jour peu avant notre siècle.

Par contre, des Maçons carougeois se distinguent par leurs actions, notamment au sein du Gouvernement et du Parlement. Citons pour mémoire Alexandre Gavard qui introduit l'instruction obligatoire et gratuite, le Docteur Adolphe Fontanel, tous deux Conseillers d'Etat; on leur adjoint le pasteur Moulimié, fondateur de l'Eglise réformée "Le Réveil".

Pour le canton, ce seront James Fazy, Antoine Carteret, Alfred Vincent et une quantité d'autres qui ont marqué de leur empreinte une Genève en effervescence.

Ce que l'on peut affirmer, c'est que ni sur le plan pécuniaire, ni sur le plan de la liberté d'expression, des progrès retentissants aient été accomplis. Si 1870 permet aux Frères carougeois de se retrouver, c'est aussi en cette année que l'infaillibilité papale est proclamée par Pie IX en même temps qu'il introduit la notion de l'Immaculée Conception. La France est de nouveau en guerre contre l'Allemagne de Bismarck, l'instigateur du "Kulturkampf' et l'on retrouve des soldats étrangers internés en Suisse. La fameuse retraite de l'armée de Bourbaki qui dépose les armes aux Verrières le rappelle; d'autres régiments se rendaient sur d'autres points de la frontière avec la France. Paul Maerky nous parle de la grande misère de ces soldats, épuisés, malades, blessés. Plus de 300 furent logés au Stand (actuellement centre communal) et à la Filature, plus de 250 à Plainpalais, de l'autre côté du Pont Neuf. Ils vendaient leurs chevaux à tout venant. Le contrôle de ces internés n'était pas possible car beaucoup avaient été recueillis par des âmes charitables. Pour faire face à cette situation, les bataillons genevois sont mobilisés.


La Filature.

Le bâtiment de la filature. Cet immeuble imposant construit pour Mouthon de Burdignin par Giardino était prévu comme ensemble locatif. Laissé inachevé par la Révolution, il fut affecté à l'usage de filature de 1809 à 1821 année où il fut détruit par un incendie.

La France a proclamé sa troisième République et voit l'Empire allemand se constituer à Versailles en 1871; le soleil est heureusement toujours là, seul le roi est changé. Il y a déjà dix ans que la Savoie est devenue département gaulois et que le roi de Sardaigne n'a plus rien à voir du côté de Carouge; d'ailleurs Victor-Amé a été remplacé par Victor-Emmanuel II dont le nom n'est pas générateur de souvenirs joyeux pour Genève, puisque c'est son ancêtre du presque même patronyme qui fut l'instigateur de l'Escalade. (Charles Emmanuel)

A Genève et ses environs, la gent ouvrière commence à se faire entendre bruyamment et l'Association internationale des travailleurs fondée à Londres en 1864 faisait des émules convaincus sur le bout du Lac. Les ouvriers du bâtiment réclament une diminution de 12 à 10 heures le travail des 6 jours de la semaine, soit diminuer de 72 à 60 heures le travail hebdomadaire ! Ce n'est pas encore la révolution communiste mais on est sur la voie. L'anticléricalisme se déchaîne en Europe, l'intolérance politique s'installe avec son cortège de conséquences économiques. Ceci explique cela !

L'Union Compagnonnique (table des matières)

L'Exposition Nationale Suisse de 1896 installe ses constructions à Genève et occupera les terrains vagues de Plainpalais et de la Queue d’Arve. Il s'agit d'exposer, démontrer et promouvoir tout ce qui est moderne, à commencer par la découverte d'Edison que l'ingénieur Turettini a développé pour la ville. Le cinématographe des frères Lumière sera aussi de la partie et les visiteurs ébahis n'en croiront pas leurs yeux. Il y sera aussi présenté une des premières automobiles modernes de marque "Helvétia" fabriquée à Zurich et venue par la route! Elle voisinera avec des voitures à chevaux, coupés, phaétons, dog-cars, diligences, sans oublier les magnifiques traîneaux garnis de grelots proposés pour les hivers rigoureux.

Pour faciliter l'accès des voyageurs qui arriveront à la nouvelle gare de Cornavin par une ligne de chemin de fer toute récente, il faut construire un nouveau pont de la Coulouvrenière. Il sera élevé en béton appareillé de pierres de taille, le tout posé sur une charpente de coffrage impressionnante qui permettait aux Compagnons de jouer aux funambules tout en démontrant leur art.

Sur l'emplacement même de l'exposition, maisons, pavillons, halles, et même un Village Suisse prennent forme. Tout Genève devient momentanément une ruche envahie de Compagnons, arrivés de toute l'Europe. Il est évident que ce rassemblement scelle des liens fraternels et solides entre les différents Devoirs.

Ces Frères opératifs ne venaient pas seulement avec leur art, leur savoir et leur Connaissance; ils répandaient aussi les espoirs qu'Agricol Perdiguier "Avignonnais la Vertu" avait développés devant 10000 Compagnons rassemblés sur la Place des Vosges à Paris en 1848. Il s'agissait de regrouper sous un même organisme les Devoirs divers: les Enfants de Soubise, ceux de Salomon, les Enfants de Maître Jacques, les Compagnons Etrangers, etc. car ceux-ci se livraient une lutte sans merci pour s'arroger le monopole des villes ou régions dans lesquelles ils étaient installés. Il s'agissait évidemment pour eux d'une assurance de survie dans un monde qui sombrait dans l'industrialisation. Le projet de Perdiguier ne reçut qu'une considération modeste et une nouvelle tentative se déroula lors d'un congrès à Lyon en 1874. Les corporations réunies conviennent de "L'Union de Tous les Devoirs Réunis", et c'est finalement en novembre 1889 que voit le jour « L' UNION COMPAGNONNIQUE DES DEVOIRS UNIS DU TOUR DE FRANCE » qui sera présidée par Lucien Blanc, "Provençal le Résolu".

Des Pays et Coteries se retrouvent à Carouge, dans la forge que Maître Jacques exploite à l'angle du chemin des Moraines et de la rue Saint-Léger - devenue rue Ancienne et rue Vautier. Il avait fait son Tour de France sous les couleurs des Devoirs de Liberté. Deux autres forgerons se lièrent à sa proposition; c'était Gédéon Flubacher dit "Bâlois Difficile à Connaître" établi à la Corraterie où son atelier existe toujours sous la forme d'une serrurerie, près de la banque Hentsch. Un troisième Maître, Benjamin Broye qui battait le fer près de l'ancienne porte de Rive aux Eaux Vives, réussirent à convaincre d'autres Compagnons de l'utilité d'adhérer à cette nouvelle Union.

Seize autres Coteries et Pays se joignirent à eux puis, en septembre 1889, ils fondent la Section de Genève de l'U∴C∴D∴D∴U∴ et le 1er mars 1892 ils reçoivent leurs lettres patentes. La Cayenne de Genève est donc la première de Suisse et hors de France.

Ils tenaient séances, procédaient à des critiques de travaux et des initiations dans une maison sise au 118 de la rue des Acacias, puis ensuite dans un local situé à la rue Ancienne et qui pourrait être la salle arrière de l'Hôtel du Lion d'Or∴ près du Rondeau, local qui était selon certaines sources, occupé par la Loge Les Trois Temples ou le Cercle Maçonnique de Carouge. Une preuve que les Ordres initiatiques opératifs et spéculatifs entretenaient déjà de fraternelles relations.

Dès 1930 les Compagnons acquirent l'immeuble de la Grand-rue 17 qu'ils furent contraints de vendre aux Loges Maçonniques en 1943 en raison des difficultés inhérentes à la guerre et le 20 février 1975 après deux ans de travaux entièrement faits de leurs mains, ils s'installent à la "Maison des Compagnons" au Grand-Saconnex.

Le Cercle Maçonnique de Carouge (table des matières)

L'industrialisation atteint bien évidemment la classe ouvrière, les FF∴ des Trois Temples sont confrontés à une multitude d'autres problèmes et l'activité de la Loge en souffre. Dès 1900, le CERCLE MAÇONNIQUE DE CAROUGE prend le relais.

Curieusement on retrouve l'empreinte des Chapitres de Hauts Grades par le libellé des signatures des secrétaires en charge; il n'est pas rare de lire le nom du scribe suivi de l'indication de son grade: 30ème ou 32ème.

Les Cercles Maçonniques fleurissent en Suisse et chaque ville importante en compte au moins un si ce n'est plusieurs; trois existent à Genève. Ils sont généralement formés de membres de plusieurs Loges, élisent leur président pour deux ans afin de permettre un tournus représentatif des Ateliers engagés. Cet idéal se résume dans un éloquent discours du Frère Jaquemin dont voici l'extrait :

"Les racines de l'arbre Maçonnique puisent leur force et leur nourriture dans un passé de milliers d'années."

"Les hommes intelligents et honnêtes de tous les temps ont fondé un centre de vie et d'activité dont le but était de cultiver la science du Devoir. Les Maçons s'occupent de questions humanitaires. Ils font bien, mais la tâche la plus belle et la plus noble qui leur est imposée consiste à juguler les mauvaises passions de leurs cœurs afin de maintenir entre eux l'amitié la plus pure et la fraternité la plus large."

En suite de plusieurs approches de Frères demeurant à Carouge et ses environs, les membres des Trois Temples structurent un tel organisme qui compte donc des FF∴ de Genève et même de la Savoie voisine. Tout s'est concrétisé dans la plus parfaite officialité et l'Alpina contactée à octroyé son blanc seing. Certes, l'état nominatif des membres nous révèle plusieurs noms nouveaux et, le lundi 3 mars 1902 alors qu'ils sont réunis chez l'un d'eux vraisemblablement aubergiste, nous rencontrons:

Rochat président, Maret vice-président, Thorin secrétaire secondé par G. Pelletier, Desbiolles trésorier aidé de Garçon vice trésorier, Born aumônier et Durand pour l'assister. Schaedeli qui les reçoit, est nommé bibliothécaire. Puis nous comptons comme membres présents les FF∴ Tschummi, Hoffer, Dottrens, Dumont, Stucker, Baretta, Taponnier, Jaquemin et Ehrat.

Pour surmonter les épreuves, il ne faut pas omettre de régénérer les forces, et ce que nous dénommons "agape" de nos jours, était qualifié de banquet et suivait généralement chaque réunion. Certes, ils ne devait pas honorer l'Académie d'Auguste Escoffier et ses délices gastronomiques, mais on n'en oubliait pas la nécessité. Leur prix variait entre 2,20 et 2,25 par personne. On se régale à déchiffrer ces comptes-rendus calligraphiés dans une belle anglaise ornée de pleins et de déliés, mais aussi par un vocabulaire non dépourvu d'emphase et qui démontre un niveau intellectuel remarquable.

Précisément, le menu adopté pour clore cette séance du 3 mars est:

Pommes - Gigot de mouton - Petits pois (on reste écossais) - Salade -Dessert - 1/2 bouteille par personne, le tout pour 2,25 Fr.

A la ligne suivante on découvre que le tronc d'aumône a rapporté 2,20 Fr. !!

L'Alpina propose que chacun soit abonné à son journal, mais pour des raisons d'économies, le F∴ Desbiolles "soucieux des deniers de la caisse" trouve une solution plus économique en mettant à disposition son propre abonnement. Ceci n'exempte pas le CMC d'être sollicité par des Loges d'autres cantons qui désirent bâtir un Temple conforme à leur activité. Chaque Atelier connait donc les mêmes préoccupations.

Par contre, le grand soucis des membres est la gestion des Cuisines Scolaires.

Les Cuisines Scolaires (table des matières)

Le professeur Louis Favre, qui n'était pas Maçon mais homonyme de l'ingénieur et entrepreneur auquel on doit le percement des tunnels du Mont-Cenis et du Saint-Gothard, revenait de nombreuses missions à l'étranger. En 1885, le département de l'instruction publique présidé par le F∴ Alexandre Gavard lui confie divers remplacements dans des écoles. Il est profondément ému de découvrir dans certains quartiers une si profonde misère morale et matérielle à laquelle son coeur ne pouvait rester insensible.

Ce rapport, il le destine à la Société Pédagogique Genevoise mais il se rend vite compte que cette association d'enseignants n'est qu'un centre d'études théoriques, techniques et scientifiques teinté d'une préoccupation d'avantages sociaux, et que les propositions qu'il soumettait à leur examen ne verraient jamais de concrétisation.

Il proposait donc :

Pour son bonheur, un parent de son épouse, le Professeur Edmon Klein est Vénérable de la Loge Fidélité et Prudence. Celui-ci se passionne immédiatement pour ces objectifs et invite Louis Favre à venir exposer ses projects en octobre 1886 et à rédiger un mémoire circonstancié.

Sans tarder, une commission formée des Frères Edmon Klein, Louis Favre (qui a été initié en 1887), Georges Favon, Alexandre Gavard, tous de Fidélité et Prudence et Bernard Dussaud de Cordialité, arrive à la conclusion que malgré toutes les recherches entreprises en Suisse et à Genève, il n'existe nulle part des institutions du genre de ce qu'elle désirait mettre sur pied.

Le 28 septembre 1887, une première cuisine scolaire est ouverte à l'Ecole de Malagnou, puis une autre au Pâquis. Se joignent aux fondateurs les FF∴ Gabriel Eynard, Adien Babel, E. Gaillard, J. Buffet, C. Rubin, puis encore le Docteur Alfred Vincent, Adrien Lachenal (qui devint Président de la Confédération en 1896), Jacques Bernard, Emile Tschabold, François Clerc, J. Maire, Ph. Etienne, C. Piguet-Ubelin, Louis Cart, Charles Barth. La majorité de cet effectif provient de Fidélité et Prudence.

Pour mémoire, nous rappelons que la Loge La Prudence a été créée à Carouge peu avant les Trois Temples.

Un premier essai est tenté dans la ville sarde en 1892 qui dut être interrompu à fin 1893 déjà faute de moyens.

Sous la présidence du Frère David Moriaud-Brémont, avocat, juge et député qui devint plus tard Maire de Carouge, l'Association des Cuisines Scolaires de Carouge est constituée le 7 Janvier 1898, et le 17 du même mois 18 petits pensionnaires dégustaient un repas dont le prix de revient de 33 centimes fut ramené par la suite à 26, puis 20 centimes grâce aux donateurs généreux. En 1900, 81 gamins mangeaient dans le sous-sol de l'Ecole Jacques-Dalphin aménagé à cette fin. Dix ans plus tard, la construction de l'Ecole des Pervenches terminée, c'est au niveau inférieur de celle-ci que les repas furent servis.

[Tous les Frères fondateurs sont membres du Cercle Maçonnique de Carouge.]

Outre les soucis de financement de cette oeuvre sociale, nos FF∴ se préoccupent également de l'état du corbillard municipal en piteux état et que la commune rechigne à restaurer, comme l'association des commerçants sollicitée elle aussi. Invitation est donc adressée aux Frères commerçants d'adhérer à cette association professionnelle bientôt réunie en assemblée générale avec élection de comité afin de "secouer le prunier". Il y a aussi la bibliothèque qui devient encombrante dans la salle du restaurant du Frère Schäedli lequel a besoin de la place pour une société qui a élu domicile dans son établissement. Cette bibliothèque connait un succès important et on signale qu'au moins 35 à 40 ouvrages en sortent chaque année.

Ce fait démontre que le Cercle Maçonnique de Carouge n'occupe plus l'immeuble de la Filature et que ses réunions se tiennent chez des Frères cafetiers-restaurateurs qui disposent de salles de sociétés, et il s'installe dès 1896 au café Treuthardt (devenu Café Fédéral) à la Rue Pont-Neuf. La préférence sera toutefois accordée au F∴ Coulomb qui a pris en charge la fameurse bibliothèque, sans pour autant négliger les autres possibilités. Il dispose d'une salle proportionnées aux besoins "où l'on peut discuter librement sans craindre les indiscrétions profanes". Il s'agit du Café du Marché sur la place du même nom. L'établissement est resté le lieu de rendez-vous des Compagnons Hanbourgeois. Cette co-existence avec les Maçons Opératifs s'est confirmée alors que durant plusieurs mois les Frères se réunirent à l'Hôtel du Mont-Blanc à la rue ancienne 59, établissement qui logeait les Compagnons sur le Tour de France.

En sus de l'engagement aux cuisines scolaires, on organise des collectes de vêtements pour les enfants "besoigneux", même si elles sont en concurrence avec des actions semblables organisées par des oeuvres religieuses. Mais à considérer la misère de l'époque, on peut imaginer qu'on ne devait pas récupérer des queues de pies ou des crinolines ! On ne néglige pas néanmoins de prévoir un "banquet" devisé à 2.- Fr. Puis pour Noël, on hésite à fournir une dinde de 25.- Fr ou verser la somme correspondante à la caisse qui doit permettre l'alimentation de 70 gamins. Par la suite, on remplacera la dinde qui n'est pas tant appréciée des enfants par une amélioration de l'ordinaire en y consacrant 25.- Fr et 25.- autres Francs pour un dessert. Royal !


La brasserie Schaedeli.

La brasserie Schaedeli Sis à la rue Jacques-Dalphin, à l'entrée des Promenades comme l'indique le document, soit à l'entrée de Carouge en venant du pont des Acacias. L'immeuble reconstruit abrite maintenant "Le Chaudron ", à l'angle de la rue de la Débridée. On remarque le chemin de fer à voie étroite tiré par une motrice à vapeur. Document de 1875 extrait du livre "Carouge".

Un autre grave sujet mobilise les forces des Frères : celui de la citoyenneté et de l'origine. En devenant suisses, les sujets sardes devaient officiellement recevoir la nationalité genevoise. Mais l'autorité de l'ancienne République réformée ne tenait pas à voir augmenter la population catholique. Alors des règlements restrictifs et xénophobes limitaient à l'extrême une possibilité de naturalisation rendue illégalement obligatoire, et ceci en totale contradiction au traité de Turin de 1816. Pour Carouge, cela concernait tous ceux qui avaient épousé un conjoint sarde ou savoyard et leurs descendants, ainsi qu'aux enfants nés sous le régime sarde.

Il en résultait que ni la Savoie, ni Genève ne les reconnaissaient et en faisaient des apatrides, des "Heimatlos", qualificatif qui a eu la vie dure puisqu'il était encore prononcé en Romandie durant la dernière guerre. Ils avaient en conséquence l'obligation de faire accoucher leurs femmes dans le pays de leur ancienne appartenance.

Avec vigueur, les Frères viennent en aide à James Fazy pour abolir cette honteuse ségrégation envers "ceux qui sous le titre d'étrangers, sont livrés à toutes les iniquités de l'arbitraire, qu'il s'agisse de droit d'asile, du droit de travailler, ou du droit d'accoucher".

Grande nouveauté: on pourra passer des projections car un membre dispose d'une "lanterne magique"; ce sera utile pour le déroulement et l'animation de conférences nombreuses qui agrémentent les réunions, ce d'autant plus qu'un gramophone a été offert. Il sera présenté des sujets variés allant des congrégations religieuses et la loi Waldeck-Rousseau, les zones franches, les voyages outre-Atlantique et des projections sur la guerre des Boers. Et puis il y a cette invention merveilleuse qui fait l'objet d'une conférence passionnante: le téléphone !

Quant aux Compagnons qui vont dorénavant occuper le même local chez Coulomb, ils sollicitent une participation financière modeste pour couvrir les frais de réfections indispensables dont le montant ascende à 200.- Fr. Elle leur sera accordée et la Brasserie de Saint-Jean participera également à la réparation. Le F∴Rochat, président, règle l'affaire avec Maître Jacques.

Ces derniers proposent également aux Maçons d'organiser un banquet commun. La proposition est acceptée avec la recommandation aux Frères "d'être prudents dans les paroles en ce qui concerne la Franc-maçonnerie".

La construction d'une école enfantine dans le haut de Carouge (vraisemblablement les Pervenches) ainsi que deux classes aux Charmettes (actuellement salle de gym) est réjouissante, car elles confirment l'abandon d'un projet aux Acacias ainsi que la réalisation d'une "cuvette des bains" . De nombreux établissements de bains publics ont été construits à Genève, mais Carouge possédait - et dispose toujours - de sa plage « Noyes-tes-puces » sur l'Arve.

Au 15 janvier 1903, les comptes accusent 301,85 Fr de recettes et 119,50 Fr de dépenses.

Au bénéfice de 182,35 Fr, il faut ajouter 300.- Fr de cotisations arriérées dues en majorité par des membres qui ont quitté Genève. La caisse aumônière présente un boni de 48,15 Fr. Une sage décision est prise à l'issue de cette assemblée; en raison des économies à réaliser, le banquet officiel et traditionnel qui s'organise après chaque élection du comité est renvoyé "car on ne peut pas banqueter tous les samedis". Il n'aura lieu que le 28 mars. En ce qui concerne la "boîte d'aumône" elle récolte entre 2.- et 2,50 Fr. à chaque séance.

L'Alpina ne voit plus d'un très bon oeil la prolifération de ces Cercles Maçonniques qui ne dépendent d'aucune Loge, et elle le proclame lors d'une réunion des Vénérables à Berne. Bien entendu, en première ligne on trouve le F∴ Rochat président de celui de Carouge qui démontre leur utilité dans toutes les oeuvres philanthropiques et le nuage est balayé à la condition que la G∴L∴ en connaisse l'existence et la liste des membres.

Crèche et colonie de vacances (table des matières)

L'idée de fonder une crèche et une colonie de vacances prend forme. Des études ont été conduites pour examiner sereinement le plan financier d'une telle réalisation en prenant pour exemples de base des organismes de ce genre créés par des Frères pasteurs et "régents". Il en résulte que:

Une autre solution est abordée en se référant à l'expérience des cuisines scolaires de Malagnou, à savoir la location d'une maison près de Bière pour un loyer mensuel de Fr. 100.-, les paillasses et couvertures étant prêtées par l'Arsenal de Genève. Un berger du lieu fournit le lait le matin et le soir, les surveillants et cuisiniers ou cuisinières sont des Maçons ou leurs épouses, notamment les membres du comité. Il est surtout servi du pain, de la soupe et des légumes, peu de viande et on arrive à un prix de revient de 1.- par enfant et par jour.

Malheureusement, la longue grève industrielle qui a jeté au chômage forcé de nombreux ouvriers et placé en situation difficile quantité d'entrepreneurs et commerçants rendra irréalisable l'espoir de réunir 600 à 700 francs pour une telle opération car tout l'argent dont peut disposer le Cercle est consacré à la gestion des cuisines et des "soupes populaires" organisées en raison de cette situation. Il n'y a pas que les enfants qui ont faim, beaucoup de parents aussi. Des secours particuliers sont entrepris pour venir en aide à des familles "en triste situation" et des appels sont lancés dans les Loges; ils rapporteront 20.- Fr. de La Fraternité et 15.- Fr. de la part d'autres Loges. Ces sommes permettront d'acheter des chaussures.

Ce ne sera qu'en l'été 1904 qu'on pourra offrir 35 jours de vacances à 10 enfants.

L'année suivante 21 poulbots bénéficieront d'un séjour d'un mois à Gimel, sous la garde d'un maître d'école. La même année, la crèche des Acacias fonctionne.

En 1903 une large souscription est ouverte et, avec l'aide des deniers de la commune, le complexe de "La Rippe" est aménagé; il accueillera au fil des ans des cohortes de petits colons durant les vacances d'été grâce au dévouement permanent des Frères du Cercle Maçonnique et d'autres citoyens sensibles à toute action sociale. Séjours merveilleux dans cette campagne du pied du Jura dont le patronyme d'origine "respe devenu rieppe" qualifiait autrefois en vieux français un terrain vague boisé et plein de broussailles. La Loge des Trois Temples rallumée y a d'ailleurs célébré sa fête solsticiale en juin 1987 par une Tenue blanche ouverte.

Le nombre de petits pensionnaires augmente évidemment et les épouses sont mises à contribution pour laver, raccommoder et retoucher les vêtements récupérés avant de les donner afin que leurs destinataires puissent les utiliser tout de suite. Précaution indispensable parce qu'on a constaté que des parents avaient vendu des habits trop grands au lieu de les ajuster eux-mêmes.

Pour certains, cette mise à contribution des épouses serait une occasion parfaite pour les intéresser aux oeuvres des crèches et des cuisines scolaires. Leur idée est vivement combattue et les dames n'auront pas accès aux locaux du Cercle Maçonnique, "surtout dans un endroit à potins comme Carouge". Pour mémoire, ce n'est que 92 ans après qu'on admettra des Soeurs de la G∴L∴F∴S lesquelles avaient très fraternellement et chaleureusement offert leurs services.

Jules Dottrens exilé à Paris pour des raisons professionnelles adresse "une lettre très intéressante et bien faite" pour décourager ceux qui auraient le désir d'aller s'installer dans cette grande ville. On est si bien à Carouge !

Un membre de la Maçonnerie genevoise émigré à Orbe fait l'objet de commisération en raison de sa miséreuse situation. Il est morphinomane et alcoolique ; son salaire mensuel de 44.- Fr. est entièrement absorbé par ses vices.

La raison du coeur l'emporte, il recevra 10.- Fr. et les FF∴ du canton de Vaud sont chargés de s'en occuper.

Ces révélations situent le montant des salaires en vigueur et révèlent que la drogue est déjà un fléau; peut-être aide-t-elle les miséreux à voir l'existence plus radieuse.

Une autre préoccupation anime le Cercle : la réforme des établissements hospitaliers genevois. Ils en ont grand besoin, notamment à cause de l'insuffisance du personnel médical et chirurgical à l'Hôpital de Genève (devenu Hôpital Cantonal puis Hôpital Universitaire de Genève HUG). On n'y compte que trois médecins pour 240 malades, et un seul chef de clinique pour 150 patients. Alors un patient pauvre est à la merci de ce chef de clinique et quand on sait que la chirurgie n'est pas infaillible, on imagine les conséquences irréparables résultant d'un diagnostic erroné. Plusieurs cas médicaux motivent cette action d'autant plus que les hôpitaux ont été installés avec l'argent des contribuables et ceux-ci ont le droit et le devoir d'en surveiller le fonctionnement.

Le 25 février 1905, on célèbre comme il se doit par un banquet, le 13ème anniversaire du Cercle qui rassemble plus de 40 membres, dont 32 présents. Ils représentent huit Loges. La soirée se termine dans la gaîté par des récitations et des chants pour se prolonger au-¬delà de minuit. D'autres rencontres seront organisées avec le Cercle Maçonnique du Petit-Lancy.

L'abondance des cas à régler nécessite un recrutement de forces et la récolte de fonds.

Certains Frères se rencontrent régulièrement les premiers lundi, mardi et mercredi de chaque mois en plus des réunions statutaires.

Nous ignorons l'activité de cet organisme pour les années qui suivent en raison du manque de procès-verbaux des débats, mais nous savons qu'il existe encore à la veille de la première grande guerre de 14-18 car les membres sont invités à participer à la Fête Solsticiale du 12 juillet 1914 à Saint-Claude où un banquet au prix de 5.- Fr sera servi après la Tenue. La valeur des monnaies suisses et françaises était correspondante et on peut en déduire d'une augmentation importante du coût de la vie.

Activité nationale (table des matières)

Nous avons beaucoup relaté l'activité du Cercle en faveur de Carouge en particulier et Genève en général. Ce serait faire affront à nos aïeux que de taire leur oeuvre sur le plan suisse.

En 1898 déjà, ils soutiennent l'Alpina dans la réalisation d'un office central de renseignements pour le placement de jeunes gens et jeunes filles de la Suisse alémanique et italienne. Certains de ces jeunes seront d'ailleurs engagés.

Ils émettent des opinions sur l'adoption de lois qui doivent garantir le bien-être matériel et moral du peuple suisse et demandent que la Confédération apporte son aide financière pour améliorer l'instruction scolaire en concevant une "Ecole populaire de la Confédération". Par manque de candidats compétents, ils ne peuvent s'adonner à la publication d'articles de presse ou d'ouvrages de littérature qui expliqueraient la Franc-maçonnerie, ses buts, son activité, mais ils s'offrent d'en distribuer les documents adéquats qu'ils recevraient.

Le bicentenaire (table des matières)

Le premier conflit européen, suivi de la grève générale de 1918 en Suisse, les années d'incertitude politique et économique, le fascisme qui s'installe en opposition au communisme pour aboutir à la seconde guerre de 1939-45 avec les effets que nombre d'entre-nous connaissent encore aujourd'hui ont relégué à l'oubli l'activité maçonnique carougeoise. Les Maçons engagés dans les institutions parlementaires et gouvernementales ont oeuvré et oeuvrent encore activement en faveur de toutes les institutions sociales et égalitaires créées par l'Ordre et étatisées car elles sont pratiquement toutes devenues officielles. Citons notamment pour mémoire l'assurance chômage, l'assistance aux veuves et orphelins, les sociétés pour la vieillesse, les dispensaires de soins. Aujourd'hui, ces institutions connaissent d'autres appellations, mais elles sont bien réelles.

Carouge s'apprête à célébrer le deuxième centenaire de l'attribution des "Lettres et Patentes" de Victor-Amé qui en fait une ville royale, chef-lieu de la province du même nom. De grandes et mémorables festivités sont programmées.

Les Frères carougeois conçoivent que cette année 1986 doit aussi les concerner. Une première rencontre se déroule à la Maison des Compagnons, noblesse de la construction oblige. Ils sont 37 provenant de plusieurs Loges dépendant de plusieurs obédiences puis se retrouvent après un temps de réflexion le 22 avril suivant et conviennent de rallumer l'Atelier sous le titre distinctif "Loge des Trois Temples à l'Orient de Carouge". La suggestion de rappeler le "Cercle Maçonnique" ou Triangle est écartée.

Ils sont quinze Frères, tous Maîtres revêtus de leurs insignes respectifs, qui s'engagent par serment sur les Constitutions d'Anderson de 1723 et les Trois Grandes Lumières, à redonner vie à la Loge. Ils désignent leur Collège et ouvrent leurs Travaux à la fête solsticiale du 24 juin 1986 qui est célébrée en la salle paroissiale protestante du boulevard des Promenades. La Tenue est ouverte en présence de 9 Vénérables ou P∴M∴I∴, 42 FF∴ et 18 SS∴ ainsi que 3 Compagnons, cérémonie qui, selon une tradition à respecter, se termine par un banquet préparé par un Compagnon cuisinier, le Frère Albert Ganter, dit Catalan La Prudence.

Le mercredi soir étant devenu libre deux fois par mois à la Maison des Compagnons. c'est là qu'ils tiennent séance et procèdent à une dizaine d'initiations, de passages et d'élévations jusqu'à leur déménagement au Temple de l'avenue Henri-Dunant 14 en 5994.


Acte de Reconstitution

Acte de Reconstitution de la Loge Les Trois Temples à l'Or∴ de Carouge,
signé par 18 FF∴, le 22 avril 1986.

Ce sont des raisons d'effectifs, de la Loge d'abord, puis des Visiteurs ensuite, qui motiva la recherche de locaux plus spacieux, bien à regret d'ailleurs car en cette Maison, ils retrouvaient leurs anciennes relations avec leurs Frères de l'Union Compagnonnique et la chaleur qui les a toujours unis à leur Cayenne. L'opportunité de la décision de Fidélité et Liberté qui travaillait tous les jeudis de se limiter à deux réunions par mois à permis au Vénérable en charge des Trois Temples de sous-louer les deux soirées restantes, à savoir le second et quatrième jeudi. Deux ans plus tard, après des travaux de transformation, la Salle Roger Bongard a permis de programmer d'autres occupations dont notre Loge a pu profiter en devenant membre à part entière de la Société Coopérative "L'Acacia".

Depuis ce rallumage, de nouveaux FF ont été initiés, d'autres affiliés; certains aussi nous ont quitté dont un pour l'Orient Eternel.

L'évolution des temps, l'extension de la ville, la démographie et le brassage des habitants a motivé une plus grande ouverture encore, mais l'esprit des anciens sujets de Victor-Amé demeure dans la culture de l'ouverture, de la tolérance et surtout dans la chaleur de la fraternité.

A fin 5998, les Colonnes se garnissent de 28 Frères.

Le 200ème (table des matières)

Le goût de la fête par la célébration d'anniversaires est-il une particularité carougeoise ou serait-ce le virus de l'exubérance sarde qui motive les Maçons des Trois Temples? Peut-être les deux et 1988 marquant deux siècles de reconnaissance officielle de cet Atelier, on ne pouvait laisser passer cette date sans la rappeler.

En considérant les volontés de tolérance qui ont conduit à la réputation de Carouge, et à la motivation des fondateurs, une cérémonie ouverte à laquelle participaient le Docteur Alexandre Safran, Grand Rabbin de Genève, le Révérend Père Jean-Blaise Fellay SJ, et le pasteur René Huber représentant donc les communautés israélites, catholiques et protestantes s'est déroulée le 6 mars 1988. Ces trois ecclésiastiques se sont exprimés sur le sujet proposé, à savoir l'universalité de la tolérance, le droit naturel et inaliénable de chaque individu qui garantit la liberté de pensée, d'expression, de conscience et de religion. Le Frère Orateur apportait le message de la conception Maçonnique.

Plus de deux cent cinquante personnes ont suivi avec attention et recueillement cette relation d'idéaux en la salle communale de Plan-Ies-Ouates aménagée pour la circonstance, et les profanes ont pu constater que les Francs-maçons ne sont pas des athées stupides ou d'irrévérencieux irréligieux. Cet échange d'opinions avait été précédé d'une Tenue réservée aux membres de l'Ordre et nous relevons la signature de 82 Soeurs et Frères sur le parchemin de célébration officielle orchestré par un rituel augmenté de la connotation historique.

Lors de la chaîne d'union qui terminait la rencontre publique, l'invocation suivante a été prononcée par l'Orateur :

"Tout est lié au tout.
Unissons nos mains, emblème royal et de justice,
Mains de force et mains de pardon,
Mains de charité et mains d'amour,
Mains de joie et d'union qui scellent la fraternité humaine,
Mains de sagesse qui construisent et transmettent la paix.
Mains serrées qui sont l'emblème de la Tolérance entre tous les hommes, quels que soit leur couleur et leur dieu, leur origine et leur langage, leur âge et leur expérience.
Mains qui se joignent pour implorer et qui s'élancent pour remercier.
Mains qui caressent l'enfant et soutiennent le vieillard,
Mains que l'on chante pour que tous les enfants du monde puissent en faire une ronde."

Il serait superflu de préciser qu'un banquet a clos ces moments spirituels d'autant plus que c'est un membre cuisinier de la Loge qui l'avait préparé. Le tout a été arrosé de vins étiquetés pour la circonstance. Ce jour là, les 24 membres des Trois Temples étaient sur les colonnes, en leur place et fonction.

Une plaquette commémorative expliquant la Maçonnerie et ses buts, ainsi que l'origine des Trois Temples a été éditée.

La Fête solsticiale d'été de 1996 a marqué le dixième anniversaire du rallumage de la Loge; elle s'est déroulée à La Roche-sur-Foron, plus précisément "Chez Falconnet". Cette ville est très liée à Carouge par des attaches historiques, commerciales et économiques. C'est aussi pour rappeler que La Roche fut la première cité de France à être éclairée à l'électricité au début de ce siècle que le feu traditionnel de la Saint-Jean a été allumé.

 

Conclusions (table des matières)

A lire ces pérégrinations d'une Loge toujours bien vivante, on pourrait intituler ce récit de "Tribulations de Maçons à Carouge" plagiant en cela les "Tribulations d'un chinois en Chine" de Hergé, le père de Tintin !

« Les Voyages en Zigzag », première bande dessinée connue, qu'avec l'encouragement de son grand ami Goethe, le F∴Rodolphe Toepffer de la Loge L'Amitié, publiait en 1837, correspondraient toutefois mieux à l'époque considérée, à moins que l'on proclame que proches des Compagnons, ils ont « fait leur Tour ».

Ce sont bien les situations difficiles, pénibles, inextricables même que toutes les Loges genevoises en particulier ont connues, comme le peuple aussi d'ailleurs. On ne peut même pas dire à son sujet qu'il se contentait de peu, il n'avait rien et il fallait des hommes courageux, dévoués et généreux pour surmonter de telles épreuves. Ces qualités sont requises du Franc-maçon et ceux dont on a décrit la vie ont honoré leur promesse initiatique.

Confrontés avec des mentalités et des conceptions de vie bien éloignées de celles qui se cultivaient en cette terre carougeoise par les occupations militaires successives, les tournures politiques étrangères exportées avec leurs perturbateurs conditionnés, le tout assaisonné de misère, ceux qui ont consacré leurs forces au soulagement de ces infortunes ont su se maintenir au-dessus de la mêlée avec constance.

Si le Chapitre comme la Loge se sont souvent placés sous la houlette du Grand Orient de France plutôt que de l' Alpina, c'est que leurs adhérents ne comprenaient pas l'allemand qui était la langue adoptée pour les communications de cette G∴L∴ En 1839 par contre le Chapitre adhère au Suprême Conseil d'Helvétie et sera à nouveau reconnu le 26 novembre 1843 par l'Autorité du Suprême Conseil pour la France.

Les fêtes solsticiales ont toujours rappelé aux Frères et à leurs familles le symbolisme puissant qu'elles représentent et ils n'ont malgré tout, jamais omis la réunion de table qui fait partie de ce rituel vieux comme le monde et qui peut être considéré comme une Cène de partage.

Jamais la notion du Grand Architecte de l'Univers n'a laissé sa place à « l'être suprême ». Les membres se sont toujours appelés « Frère » et non « Citoyen », et s'ils portaient la culotte, ils revêtaient le tablier, symbole du travail et du devoir.

S'ils n'ont pu personnellement modifier les lois, ils ont contribué grandement à leur changement pour le plus grand bien du peuple auquel ils appartenaient.

Comment nous Maçons du proche XXle siècle, pourrions-nous douter de notre engagement qui était le leur ? Comment oserions-nous troquer leur investissement contre le nôtre sous prétexte de l'évolution de la vie? Comment enfin nous permettrions-nous de ne pas poursuivre la voie tracée?

Les difficultés ont changé de nom, elles restent identiques et ce n'est que dans l'union de tous ceux qui ont choisi la voie du DEVOIR que nous démontrerons la vraie valeur de l'Ordre Maçonnique par le perfectionnement de soi-même. La Loge a existé et existe parce que des hommes se sont reconnus et se reconnaissent Frères, et ils ont fait et continueront à faire l'Histoire de la Maçonnerie.

Pensons-y lorsque nos mains seront étreintes en une chaîne fraternelle.

Décembre 5998 - M-R. Morel, P∴M∴I∴